
Il est encore temps de visiter au MAM l’exposition sur la peintre allemande Gabriele Münter, née en 1877, et de découvrir son œuvre prolifique parfois éclipsée par celle de son compagnon, Vassily Kandinsky.
Dès la première salle, une surprise. L’exposition débute par son travail de photographe qui lui a permis d’aiguiser son regard d’artiste à la fin du 19e siècle, dans un premier voyage aux Etats-Unis à l’âge de 21 ans avec sa sœur. Un premier indice sur sa grande liberté et sa curiosité envers le monde. Gabrielle Münter apprécie dans la photographie le travail sur le cadrage et l’instantanéité. C’est par ce media qu’elle décide de devenir artiste. Puis elle emmène son Kodak en Tunise et en Italie avec Kandinsky, qui était son professeur de peinture en Allemagne et qui devient vite son compagnon.
Deuxième étape, à Paris, au début du 20e siècle : Gabriele Münter s’immerge dans la découverte des avant-gardes, notamment le fauvisme, aiguise son crayon à la Grande Chaumière, s’initie à la gravure sur bois et lino, à la broderie, remplit d’innombrables carnets de dessin, et progresse, travailleuse infatigable, vers une plus grande abstraction. Une période de grande productivité, d’expositions, de recherches. Des paysages et des portraits magnifiques à découvrir.
En 1909, le couple Münter-Kandinsky revient en Allemagne et s’installe à Murnau dont les paysages de montagne, les traditions et les habitants stimulent le regard de Gabriele. Sa peinture, inspirée par les maisons en bois, les meubles, les objets domestiques et aussi les personnes croisées, devient très colorée et cernée de contours noirs. Elle participe, avec Kandinsky, à la création du mouvement Le cavalier bleu, partage les recherches du groupe, s’autorise à recopier des dessins d’enfants dont quelques expériences sont exposées à Paris. L’explosion de couleurs est toujours présente, avec une recherche de simplicité et de synthétisation, une transfiguration explosive de la réalité.
Lorsqu’éclate la guerre en 1914, Kandinsky part en Russie et Gabriele Münter en Scandinavie où elle reste jusqu’en 1920. Ils se séparent. A son retour en Allemagne, ses carnets l’accompagnent partout et on peut admirer dans l’exposition ses magnifiques dessins à la ligne pure, portraits essentiellement de femmes libres, journalistes, poétesses, elle croque tous les “êtres humains” qu’elle fréquente et dont elle saisit avec finesse les attitudes et les expressions.
Viennent alors des années de nomadisme jusqu’en 1931, jusqu’à ce qu’elle retourne à Murnau. Elle continue à peindre pendant le Reich, se faisant discrète. Elle arrive à cacher dans sa cave certaines œuvres abstraites, son travail n’est pas taxé de dégénéré, ses oeuvres se font plus “sages”. Enfin, ses dernières œuvres des années 1950 puisent dans le même répertoire coloré et expressif de ses débuts, souvent dans un travail en série, elles synthétisent et explorent les paysages de Murnau.
A découvrir au Musée d’Art Moderne de Paris jusqu’au 24 août