
António Lobo Antunes, un des plus grands écrivains portugais, est mort le 5 mars 2026 à Lisbonne, à l’âge de 83 ans. La lecture de ses romans est une expérience intense, ses livres semblent écrits en apnée, nous égarent entre narration et pensée, naviguent entre expérience personnelle et universelle. Son oeuvre, immense, se nourrit de son vécu pendant la guerre en Angola et de son métier de psychiatre, de la confrontation de l’homme et du médecin aux absurdités de la guerre et à la souffrance psychique.
Je suis loin d’avoir lu toute son oeuvre – que je lis en portugais. “Mémoire d’éléphant” est son premier roman, paru en 1979. Un succès immédiat. Un bouleversement, autant sur le fond que sur la forme. On y passe la journée avec un jeune psychiatre que la confrontation avec la violence de la guerre coloniale et avec la souffrance de ses patients, l’interrogation sur le sens de la vie, éloigne de la possibilité d’un amour absolu. Une prise de conscience qui s’accompagne d’une merveilleuse déclaration d’amour à sa femme, la mère de ses enfants, qu’il a dû quitter. Ne vaudrait-il pas mieux, parfois, pouvoir tout oublier ?
“Mémoire d’éléphant, António Lobo Antunes, traduction Violante do Canto et Yves Coleman, Ed. Christian Bourgeois